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  Un regard personnel sur le Laos, par Peter Livermore - 7orients
Catégorie : Découvrir le Laos
Ajouté le : 05.08.2007 15:11
Auteur : Peter
Lectures : 3193
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Quelques notions...

Le Laos situé au cœur des pays de la péninsule indochinoise, est le plus petit Etat de l’Asie du Sud-Est continental et aussi l’un des moins peuplé de la région, avec une population d’environ quatre millions et demi d'habitants.

Bien qu’enclavé dans les terres, le Laos est béni par le long cours du Mékong, artère vitale qui nourrit, transporte, arrose, et qui est source d’inspiration de croyances et de traditions. Tous les autres pays du bassin du Mékong entourent ce beau pays, de l’amont vers l’aval : la Chine, le Myanmar (Birmanie), la Thaïlande, le Kampuchéa (Cambodge) et le Viêt Nam. Le Laos, loin d’être isolé du commerce international du fait de son relatif enclavement est en réalité au carrefour des échanges entre ses grands voisins.



Le pays est habité par de nombreuses ethnies. Les Lao Loum, « Lao du bas », jadis fortement influencés par la culture et les religions indiennes, pratiquent le bouddhisme Theravada encore appelé Hinayana ou du “Petit Véhicule”, comme Sri Lanka, le Myanmar, la Thaïlande et le Cambodge qui ont des cultures proches. Dans les hautes terres du Laos vivent ce que les Lao appellent Lao Theung « Lao des plateaux » comme les Khmu, les Tai Dam et Tai Deng, et les Lao Sung « Lao des hauteurs » comme les Hmong/Miao, les Mien/Yao, les Akhas. Ces peuples apportent leur contribution de culture, traditions et artisanat à l’ensemble sous le nom de Laos.

Vientiane, la capitale, nonchalamment installée le long des berges du Mékong, offre une apparence calme contrairement à d’autres métropoles d’Asie. Elle n’a pas encore été trop abîmée par des édifices incongrus et laids, conservant de la place à l’architecture locale et aux anciennes maisons de style colonial. Le That Luang, stupa religieux aux lignes fines et gracieuses comme les bouddhas laotiens, est l’un des symboles du pays.

Luang Prabang, joyaux de l’Asie et inscrite au Patrimoine mondial par l’UNESCO, est l’ancienne capitale royale du pays et un lieu saint. Isolée dans les montagnes du nord du pays, elle est un lieu où les légendes se confondent avec l’histoire, où les éléments géographiques deviennent symboles. Parmi ceux-ci, une montagne sacrée, le Phou Si, située à son centre entre les deux rivières, Mékong et Nam Khan, incarne le centre du monde. Ses nombreuses pagodes d’une beauté raffinée, alignées les unes après les autres, respirent la spiritualité et la paix. Elles sont les gardiens de la sagesse jusqu’à la fin des temps.

Le Laos c’est aussi des montagnes et des forêts abritant encore nombre d’animaux sauvages tels les éléphants. D’ailleurs, un ancien nom du Laos est Lan Xang, « Pays du million d’éléphants » ; peut-être est-il un indicateur légendaire du nombre d’éléphants jadis, ou du rayonnement du pays... ou de la grandeur de sa superficie... Dans le sud du pays se trouve la plus grande chute d’eau de l’Asie... où survivent des dauphins d’eau douce…

Mais un pays ne peut pas être résumé par des descriptifs et des chiffres. L’essentiel se trouve ailleurs ... ce que j’essaie de livrer dans ce regard personnel.


... et un regard personnel

Laos, pays de paix, de poésie humaine... et d’humour raffiné.

C’est un pays où on se sent à l’état pur, où les choses superficielles ne valent plus grand-chose, où l’homme montre son cœur. L’âme devient transparente comme l’eau claire qui sort des roches sous un soleil intense. Même la nuit on peut y voir le reflet de son âme comme celui de la lune sur l’étang au fond de la forêt.

Marchez au bord du Mékong… pendant que l’air chaud souffle du fleuve et caresse le visage avec douceur. Des rires planent dans l’air, évoquant l’humour d’autres conversations et conjuguant des images de situations drôles à des visages fendus de rire…

Dans ce pays le temps semble arrêté... ou peut-être n’a jamais existé. Prenez le temps, on n’est pas pressé, il y a un moment pour tout... aussi bien pour la fête que pour travailler, pour chanter l’amour... Et justement, écoutez… une mélodie nous surprend… un son doux, mélodieux, parfois mélancolique… qui monte dans les airs, qui charme les phou sao, les jeunes filles Lao qui sont plus belles les unes que les autres, et fait monter les larmes aux yeux aux gens sentimentaux… C’est à la fois la nature qui chante à travers des tiges de bambou et la voix des ancêtres qui transmettent leur sagesse dans l’air vibrant… Le son vient du khène, instrument de musique symbole du pays, appartenant aux musiciens lao aux cœurs de poètes.



Je me sens en affinité avec ce pays. Ici, il existe une harmonie entre les êtres, une entente avec la nature, une trêve avec le temps... et de ceci découlent sérénité et tranquillité, terrains riches pour l’épanouissement du sourire, du respect, de l’appréciation des choses simples de la vie...

Les gens y sont restés naturels, comme le pays, qui est largement laissé à la nature. Et cette nature, comme le sait ce peuple, est habitée par des phi, des fantômes ; dans ses rivières circulent des naga, des dragons d’eau, et au fond de ses terres se cachent des génies et d’autres êtres mystérieux... Il faut les respecter, comme il faut respecter la terre qui nous est donnée, que nos ancêtres nous ont confiée. Les Lao connaissent la nature, comme les arbres et les herbes qui y poussent, sachant utiliser leurs caractéristiques et leurs qualités. La forêt est comme un grand jardin potager qui recèle tout ce qu’il faut pour vivre.

Mais cette terre, si riche, si généreuse, où les gens mangent à leur faim, est placée par les économistes au cœur froid aux plus bas rangs de l’échelle d’évaluation économique du monde. Certainement ils ont raison, mais ils ne peuvent pas voir les richesses immenses, intangibles, qui se trouvent dans la culture et dans les cœurs.

Dans ce pays pauvre, la coutume pare les filles comme des princesses avec leurs sin (jupe) en soie, leurs offrandes pour la pagode portées en khan (bols) d’argent et leurs cheveux si soigneusement entretenus. Les vat, les pagodes, sont ornés d’or et sont décorées de fleurs exotiques. Les cœurs des gens sont riches en générosité et en solidarité, les maisons accueillent le visiteur avec politesse et lui offre de l’eau rafraîchissante dès l’entrée. Et puis le sourire vaut de l’or...



Le comportement des Lao me semble hors des logiques du monde d’aujourd’hui, incompréhensible pour l’homme dit moderne. C’est comme si le peuple d’un des plus insignifiants des pays montrait au monde un chemin personnel qui assure un équilibre mental et social. Le savoir-vivre est là, le sens du partage aussi ; l’orgueil de l’individualité est maîtrisé ; la femme n’est pas soumise mais participe pleinement à la société ; et la fameuse expression bo pen gniang, « ça ne fait rien », montre le recul par rapport aux problèmes et aux déceptions, et permet d’éviter le stress et l’énervement.

Mais on ne doit pas être aveugle, la vie est également difficile. Elle comporte des responsabilités, des devoirs envers les autres, des peines et puis des rémunérations parmi les plus faibles du monde. Cependant, tout y est porté avec dignité et honneur. Les Lao sont aussi proches de la vie... je veux dire de la réalité de la vie... celle qui porte bonheur ou malheur ... où les événements heureux côtoient les maladies, les souffrances et les peines. Les Lao semblent avoir compris ou plutôt n’avoir pas oublié les choses importantes de la vie, telle que la famille, la simplicité et la joie de vivre, où l’argent n’est pas l’objectif le plus important.

Mais tout ceci peut changer, notamment avec l’influence de plus en plus forte des cultures pan-mondiales envahissantes. C’est l’un des dangers de l’avenir, avec la mondialisation et la diffusion de produits et de comportements communs à tous les pays. Une connaissance et des contacts avec d’autres cultures constituent une bonne chose dès lors que chacun peut garder son identité et sa richesse culturelle propre. Voilà la motivation à la source de SevenOrients, non pas un souci financier mais un réel souci pour l’avenir culturel du monde.

Finalement, le respect et la tolérance que le visiteur étranger trouve au Laos devraient être réciproques. Déjà, nous pouvons tenter de faire nôtre cet état d’esprit lors d’un voyage dans ce pays, comme dans d’autres, en apprenant à connaître les coutumes, en s’habillant décemment au goût des gens qui nous reçoivent, en respectant les sanctuaires... On peut parfois avoir l’impression aujourd’hui que les gens venus des pays dits développés sont moins civilisés. Je trouve que, parfois, un simple paysan lao est plus civilisé que l’homme “moderne” par son civisme, sa générosité, son respect des autres et l’aide apportée aux autres sans arrière-pensée.

Il existe sûrement d’autres paradis sur terre, d’autres peuples qui ont trouvé une telle voie harmonieuse, mais je ne connais pour ma part que celui-ci.


Peter Livermore
http://www.7orients.com

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